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Dans le contexte actuel de pression permanente des maladies du bois (l’Esca et le BDA – Black Dead Arm – en particulier, même si l’Eutypiose est encore bien implantée dans la région), et en l’absence de moyens de lutte directe, le maintien de la productivité des parcelles passe par la mise en oeuvre d’actions techniques, qu’il faut raisonner pour maximiser leur effet. L’entreplantation, le recépage et d’autres méthodes permettent ainsi, lorsqu’ils sont pratiqués dans de bonnes conditions et au bon moment, de maintenir le nombre de ceps productifs à un niveau suffisant pour garantir la rentabilité de la parcelle.
Maintenir la productivité des parcelles : quelles méthodes ? quel raisonnement ?
09/04/2019

Maintenir la productivité d’une parcelle La productivité d’une parcelle de vigne dépend de deux composantes principales : le nombre de pieds productifs et la production par pied. Certaines opérations techniques permettent d’augmenter la production par pied (taille plus longue, fumure dans certains cas...) mais dans des proportions limitées. Le nombre de pied productif est donc l’élément clé de la production de la parcelle. Inévitablement, à mesure que la parcelle vieillit, des pieds meurent, sous l’effet de maladies, de ravageurs ou des pratiques culturales. Des simulations, basées sur les observations de mortalité sur le réseau de référence du BNIC estiment que, pour une situation moyenne, le taux de ceps morts reste inférieur à 5 % jusqu’à l’âge de 20 ans, mais augmente ensuite fortement : il dépasse 20 % à 27 ans, 25 % à 30 ans. À 40 ans, dans une situation moyenne, sans actions de maintien de la productivité, 40 % des ceps sont morts (figure 01 ci-dessous).

Il est à noter que l’essentiel des coûts (entretien du sol, fumure, traitements, relevages, et dans une certaine mesure récolte lorsqu’elle est mécanique…) est indépendant du nombre de pieds présents. Ainsi, une diminution du nombre de pieds productif s’accompagne d’une faible diminution des charges, mais d’une baisse importante du rendement. Dans les conditions simulées, à partir de 35 ans, l’exploitant perd de l’argent à entretenir la parcelle.

Comment dès lors maintenir la productivité ?
L’entreplantation L’entreplantation consiste à remplacer un cep mort par un jeune plant. Cette pratique s’est fortement développée depuis le début des années 2000, et plus de 90 % des exploitations de la région la pratiquent aujourd’hui. Si elle est largement adoptée, l’entreplantation donne des résultats variables selon les situations. Au niveau expérimental, on observe qu’il faut généralement une dizaine d’années pour espérer qu’un entreplant porte une récolte équivalente à celle d’un cep d’origine, avec une très forte dispersion : à 8 ans les entreplants produisent l’équivalent d’une parcelle d’origine pour certaines parcelles, contre seulement un quart dans d’autres situations. Les raisons de ces écarts ne sont pas encore formellement définies, mais le soin et la protection amenés au plant, la préparation et l’entretien du sol sont certainement impliqués.

Il est à noter toutefois que, compte tenu du coût d’établissement d’un entreplant et de la valorisation de la production, on considère, dans une situation d’entreplantation moyenne, qu’un plant est rentabilisé dès lors qu’il a produit 13 kg de vendange. Au-delà, il dégage du bénéfice. Ainsi, sauf cas particulier (parcelle vouée à l’arrachage à court terme, entreplantation à très faible taux de réussite), un entreplant est généralement rentabilisé, et il est toujours plus intéressant d’entreplanter que de laisser des emplacements vides. La date jusqu’à laquelle entreplanter améliore la rentabilité de la parcelle dépend de la vitesse d’entrée en production des entreplants : plus celle-ci est rapide plus on peut se permettre d’entreplanter une parcelle proche de l’arrachage. Le meilleur moyen pour un viticulteur d’estimer sa capacité à réussir ses entreplantations reste d’aller estimer la charge réellement portée par des entreplants d’âge connu, par des pesées de cep par cep.
Le recépage au pied : un moyen de maintenir la productivité à court terme Le recépage au pied consiste à couper le tronc d’un cep dépérissant, et de le ré-établir à partir d’un gourmand. Cette méthode, très étudiée dans les années 90, a montré son efficacité dans la lutte contre l’Eutypiose. Des observations récentes montrent aussi qu’elle permet de regagner de la productivité sur des ceps atteints d’autres dépérissements. On observe que lorsque le recépage est réalisé sur des ceps très touchés (lorsqu’on ne trouve plus de taille par exemple), 30 % des ceps redeviennent productifs, 20 % meurent l’année du recépage et 50 % meurent dans un intervalle de 8 ans (figure 02 ci-dessous). Contrairement à l’entreplantation, le retour en production des ceps ré-établi est rapide et complet : ils produisent l’équivalent d’un cep d’origine l’année qui suit le recépage (figure 03 ci-dessous). Le recépage au pied constitue donc une méthode qui permet de regagner de la productivité à court terme sur des ceps dépérissants.
La gestion à la parcelle La combinaison des pratiques doit permettre de maintenir un nombre maximal de ceps productifs sur la parcelle. Compte tenu des spécificités des méthodes, une gestion raisonnable de la parcelle pourrait être :
  • Entreplanter la parcelle pendant sa jeunesse. On remplace les absents par des entreplants qui produiront plus tard mais de manière durable, afin d’assurer la productivité de la parcelle à long terme ;
  • Combiner entreplantation et recépage à mesure que la parcelle vieillit. Remplacer les pieds morts et regagner la productivité sur les pieds encore vivants ;
  • Recéper les ceps dépérissants lorsque la parcelle à l’approche de l’arrachage : permet de regagner de la productivité à court terme avec peu de frais.

L’âge à partir duquel il n’est plus intéressant d’entreplanter et il faut recourir au recépage dépend de la durée nécessaire aux entreplants pour produire suffisamment pour être rentabilisés avant l’arrachage de la parcelle.

D’autres méthodes, telles que le marcottage, le surgreffage ou le curetage sont actuellement à l’étude, afin de définir leur intérêt dans le contexte charentais et les conditions de mise en oeuvre optimales. Elles pourront être intégrées, de la même façon, à cette réflexion. En l’absence de mesures de maintien de la productivité, dans une situation moyenne, la parcelle doit être renouvelée avant d’avoir 30 ans. Un rythme d’arrachage replantation soutenu peut aussi permettre, à l’échelle de l’exploitation, de maintenir la productivité, dès lors que cette stratégie est délibérée (et que les choix techniques sont effectués en conséquence avec une planification à moyen terme des arrachages-replantations) et non subie (nécessité d’arracher une parcelle par manque de production).


FIGURE 1 : Évolution du pourcentage de ceps morts / absents d’une parcelle en l’absence de mesures de maintien de la productivité (situation moyenne – Source : BNIC)


FIGURE 2 : Pourcentage de ceps établis


FIGURE 3 : Production rapportée à celle d’un pied d’origine


Vers des modes de culture permettant le maintien à long terme de la productivité ? Des essais sont actuellement en cours afin de développer des pratiques facilitant le maintien de la productivité. Si les premiers résultats, encourageants, se confirment, ils pourraient intégrer de nouveaux itinéraires techniques, qui trancheraient avec l’habitude d’établir « un tronc pour la vie » (voir les deux encadrés ci-dessous).

Recépage systématique d’une parcelle de cordons hauts
© BNIC - Jonathan Bruneteau

© BNIC - Jonathan Bruneteau
On recèpe l’ensemble des pieds d’un rang indépendamment de leur état de dépérissement. Lorsqu’il est réalisé sur une parcelle suffisamment jeune (15 ans maximum), pour les sites observés, la mortalité des ceps est faible. L’objectif est de tenter de retarder l’apparition des dépérissements en rajeunissant le tronc, et donc de prolonger, à long terme, la durée de vie de la parcelle. Les essais sur ce type de pratique sont forcément de très longue durée, et les résultats sont attendus dans les années à venir. Les expériences issues de parcelles intégralement recépées pour changer de mode de conduite confirment toutefois l’intérêt de cette pratique.


Ceps établis en double-tronc
© BNIC - Jonathan Bruneteau

© BNIC - Jonathan Bruneteau
À la taille du deuxième hiver, les deux brins sont conservés et utilisés pour monter deux troncs au fil. Ceux-ci sont ensuite taillés en guyot simple. Plusieurs parcelles ont été ainsi établies. Les premières observations ne montrent pas de différences en termes de temps de travaux et de rendement après établissement. L’idée est de pouvoir faciliter le recépage à l’avenir, en coupant un tronc et en continuant la récolte sur le second. Cette technique pourrait aussi permettre de faciliter le recépage systématique, en ne perdant pas une année de récolte.

De nouveaux outils pour simuler l'évolution de la productivité
La dynamique passée et à venir d’entretien du vignoble (entreplantation, arrachage/replantation…) a un effet direct sur la productivité à moyen et long terme. Le BNIC a conduit avec le bureau d’étude BIPE au cours du 2ème semestre 2018 une étude sur l’évolution de la productivité. Celle-ci a conduit à l’élaboration de deux outils :
  • Un outil collectif, au service de la filière qui permet de simuler l’évolution de la productivité en fonction de différents scénarios (entreplantation, renouvellement, agrandissement mais aussi phénomènes climatiques extrêmes ou évolutions réglementaires) qui servira à alimenter le Business Plan.
  • Un outil individuel, qui permettra à chaque producteur de faire un état des lieux de la productivité de son exploitation comparée au bassin, et d’apprécier son évolution en fonction de ses stratégies d’entretien du vignoble. Celui-ci sera mis en ligne au cours du 1er semestre 2019.

Article rédigé par les ingénieurs de la Station viticole du BNIC

Source : BNIC; UGNIC

Contact, renseignements
Myriam PRODHOMME
BNIC - Station viticole
+33 (0)5 45 35 61 32
mprodhomme@bnic.fr
Malgré l’attention portée à la rédaction et à l’actualisation de cet article, compte tenu de la fréquence des changements réglementaires, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac ne peut assumer aucune responsabilité, directe ou indirecte, du fait des informations qui y sont contenues, des erreurs et des omissions. Ces informations sont de nature à évoluer.

 

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