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La Station Viticole, département Recherche & Développement du BNIC, conduit de nombreux projets de recherche au service de la filière Cognac. Depuis le début des années 2000, un important programme est mené en partenariat avec l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) en vue de créer et sélectionner des cépages résistants, correspondant aux attentes qualitatives de la production du Cognac. L’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) a été associé à cette démarche à partir de 2013. L’utilisation de cépages résistants aux principales maladies de la vigne (mildiou, oïdium) constitue aujourd’hui un levier crédible pour réduire de manière significative les intrants phytosanitaires. Elle est la seule à pouvoir proposer une réduction de plus de 90% par rapport aux pratiques actuelles.
Les cépages résistants : une solution d’avenir pour réduire l’usage des intrants phytosanitaires.
03/07/2018

À la fin des années 1990, l’opportunité de recourir à des cépages résistants aux maladies annuelles et produisant des vins de qualité s’est concrétisée, grâce aux travaux d’Alain BOUQUET, chercheur à l‘INRA de Montpellier. Une collaboration entre la Station Viticole et l’INRA de Montpellier a été rapidement mise en place, dans l’objectif de créer un nouveau cépage destiné au vignoble de Cognac : résistant au mildiou et à l’oïdium et répondant aux contraintes particulières de la production de vins de distillation. Les professionnels de la filière ont défini ainsi la cible : faire un « Ugni blanc résistant » !

La première génération de cépages résistants

L’évaluation des caractéristiques des variétés résistantes déjà obtenues à l’époque par Alain BOUQUET (2002), montra qu’il était peu probable de trouver un candidat répondant parfaitement aux critères agronomiques et qualitatifs des producteurs de Cognac. Il fut donc décidé de créer un nouveau cépage, par croisement de l’Ugni blanc avec l’une de ses obtentions résistantes.

L’objectif de ce croisement intégrant 50% d’Ugni blanc était double : se rapprocher des caractéristiques du cépage emblématique de la région, et favoriser son acceptation future en mettant en avant cette parenté avec l’Ugni blanc.

Ce premier croisement est réalisé en 2003 : un géniteur INRA, résistant au mildiou et à l’oïdium et choisi pour ses qualités de production (RV4 Mtp 3082-1-42) est croisé par la voie naturelle (pollinisation manuelle) avec l’Ugni blanc. Cette approche innovante, visant à créer de nouveaux cépages pour un usage et une région spécifiques, s’est accompagnée d’un statut particulier pour ces variétés, qui sont des co-obtentions INRA- BNIC-.

La sélection

Les 800 pépins issus de ce croisement ont permis d’obtenir 290 plantules, qui ont fait l’objet d’une sélection à l’aide de marqueurs génétiques. Seuls l-es individus ayant intégré les gènes de résistance ont été retenus. Pour confirmer cette résistance, des tests biologiques de résistance au mildiou et à l’oïdium ont ensuite été menés sous serre pendant l’étape démultiplication de ces obtentions, réalisée par l’INRA.
À l’issue de cette phase, seuls 43 individus présentant toutes les garanties de résistance et de bonnes aptitudes végétatives ont été retenus. Ils ont été implantés à Cognac en 2008, à raison de 5 ou 10 souches par obtention, sur le domaine expérimental de la Fondation Fougerat à Graves. Le suivi de ce dispositif a été intégré dans le volet expérimental du plan ECOPHYTO régional (dispositif DEPHY EXPE).

Une seconde phase de sélection, réalisée par la Station Viticole, a consisté à évaluer le plus finement possible les performances de ces individus au vignoble. Entre 2011 à 2014, de nombreux paramètres de production ont été mesurés et un premier tri a permis de sélectionner les 15 individus répondant le mieux aux attentes des producteurs de Cognac. Les raisins ont été vinifiés, et distillés à l’échelle du laboratoire. Les vins et eaux-de-vie ont été analysés et dégustés.

Cette nouvelle étape a permis de retenir les 4 variétés s’approchant le plus de la cible, à l’aide d’un criblage statistique prenant en compte de nombreux paramètres liés à la production viticole et à la qualité des produits.


Multiplier et diffuser

L’utilisation de ces nouveaux cépages au vignoble, implique qu’ils soient inscrits au « catalogue officiel des variétés de vigne » et au « classement » des variétés aptes à produire des vins. Ce nouveau processus a été initié en en 2015.

En vue de l’inscription de ces nouveaux cépages, deux parcelles de 90 souches de trois variétés candidates ont été implantées en 2015 sur les sites du Lycée de Saintes et de la Fondation Fougerat, dans le cadre du dispositif VATE (1). En 2017, la première récolte a permis une vinification et une distillation à l’échelle pilote (100 litres de vin), sur l’une des parcelles. L’autre, comme une grande partie du vignoble, a vu sa production détruite par l’épisode de gel des 27 et 28 avril 2017. L’expérimentation sera poursuivie jusqu’en 2020 au moins et devrait aboutir au dépôt des dossiers d’inscription des cépages pour la fin 2020.

Pour la 4ème variété, l’implantation des sites VATE a été finalisée en 2018.

En parallèle, au cours de l’année 2018, 3 parcelles d’environ 1 hectare de chacune des 3 variétés candidates ont été implantées sur 3 sites différents (domaines Hennessy, Martell et Rémy Martin) Elles sont destinées à expérimenter ces variétés « à l’échelle du vignoble » pour apprendre à les travailler, observer leur comportement vis-à-vis des maladies, et produire des eaux-de-vie dans les conditions réelles de la pratique. Cette expérimentation est conduite dans le cadre de l’observatoire national OsCaR, piloté par l’INRA, et dont l’objectif est de suivre le déploiement des nouvelles variétés résistantes, en s’assurant notamment de la durabilité de leurs résistances.

L’étape suivante, impliquant l’ODG Cognac et l’INAO, consistera à demander l’intégration de ces variétés dans le cahier des charges de l’appellation Cognac.

Des plants de ces quatre nouveaux cépages ont également été envoyés en 2017 à l’IFV Grau du Roi afin de constituer du matériel « initial ». À partir de 2019, l’IFV pourra ainsi fournir des plants au Centre de Prémultiplication du BNIC (Station Viticole) afin d’implanter une parcelle de greffons dédiée à la production du matériel de « base ». Celui-ci pourrait être mis à la disposition des pépiniéristes à l’horizon 2022-23. Entre temps, il y aurait la possibilité, à partir de 2020, de proposer du matériel « standard » en prélevant des greffons sur les trois parcelles d’un hectare. Cela pourrait représenterait un potentiel de plantation de l’ordre de 10 hectares par an.

La deuxième génération : le pyramidage des résistances

Dès 2012, la Station Viticole a initié un nouveau programme de création variétale en partenariat avec l’INRA et l’IFV afin de diversifier les sources de résistance des nouveaux cépages, et d’élargir la variabilité de la descendance. Les travaux d’A. BOUQUET ont été poursuivis par l’INRA et l’IFV, en recroisant ses obtentions (origine Muscadinia rotundifolia) avec d’autres variétés porteuses de gènes de résistance différents, conduisant à la création de nouveaux cépages agrégeant différentes sources de résistance (résistances pyramidées).

Trois variétés résistantes polygéniques du programme INRA et trois de l’IFV ont été choisies afin de panacher les gènes de résistances et d’élargir la diversité potentielle. Elles ont été croisées avec plusieurs cépages de l’AOC Cognac (Ugni blanc, mais aussi Folle blanche, Folignan, Colombard) au cours des années 2014-2016. A l’issue de la sélection génétique assistée par marqueurs moléculaires et des tests biologiques, une centaine de nouveaux croisements résistants ont pu être obtenus.

Les premiers individus ont été implantés au champ en 2017 par 10 souches. La parcelle sera complétée en 2018 et 2019. La sélection intermédiaire pourra alors commencer et se poursuivre sur au moins 3 récoltes afin d’extraire les quelques variétés les plus proches des critères recherchés, qui seront à leur tour implantées en dispositif VATE à partir de 2024 en vue de leur inscription. Celle-ci ne pourrait intervenir qu’à l’horizon 2030 au mieux.

Des projets innovants

En partenariat avec le BNIC, le Conservatoire du Vignoble Charentais (CVC) étudie le potentiel d’un ancien cépage hybride régional, le Vidal blanc. Celui-ci est un croisement entre l’hybride SEIBEL Rayon d’Or et l’Ugni blanc créé par Jean-Louis VIDAL à la Fondation Fougerat en 1938. Le dossier d’inscription est en cours (deux sites VATE ont été implantés) et des parcelles de 1 ha seront implantées en 2018. Des bio tests sont en cours à l’INRA pour préciser les niveaux de résistance à l’oïdium et au mildiou de ce cépage, qui produit des vins aromatiques, riches en terpènes.

La société Martell développe avec l’INRA et l’IFV un autre programme d’obtention de cépages résistants auquel participent différents acteurs régionaux : Conservatoire du Vignoble Charentais, BNIC, l’INRA et l’IFV.

Par ailleurs, différents cépages résistants viennent d’être inscrits au catalogue français :

Quatre cépages INRA résistants : deux blancs (VIDOC et FLOREAL) et deux rouges (ARTABAN et VOLTIS)

À l’étranger, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, la Hongrie, etc. ont sélectionné des cépages pour leurs propres besoins. Une douzaine de ces cépages étrangers a été inscrit au catalogue français en 2017. Ils peuvent être plantés pour produire des vins sans indication géographique. Leurs caractéristiques ne les destinent pas, en première approche, à l’élaboration de vins de distillation.

Les cépages résistants à l’épreuve du terrain
Le BNIC vous propose une série de quatre visites à la Fondation Fougerat afin de voir in situ ces nouveaux cépages. Les dates proposées sont le 05 juillet, le 12 juillet, le 19 août et le 26 août.


L’Observatoire national du déploiement des cépages résistants (OsCaR)

L’enjeu principal de l’Observatoire est d’évaluer la durabilité des résistances. Cet outil permettra d’obtenir et de consolider les données agronomiques sur les nouveaux cépages en condition de production, dans une diversité de milieux et de conduites.

En s’appuyant sur les initiatives des viticulteurs et des structures régionales, c’est la co-construction d’une viticulture combinant, pour la première fois, la résistance variétale et les méthodes de lutter complémentaires : traitements fongicides, prophylaxie, bio contrôle.

L’Observatoire permettra la mutualisation des expériences individuelles et favorisera le transfert des connaissances entre les acteurs.



Source : BNIC; UGNIC

Contact, renseignements
Laura CROTET
BNIC
+33 (0)5 45 35 61 32
lcrotet@bnic.fr
Malgré l’attention portée à la rédaction et à l’actualisation de cet article, compte tenu de la fréquence des changements réglementaires, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac ne peut assumer aucune responsabilité, directe ou indirecte, du fait des informations qui y sont contenues, des erreurs et des omissions. Ces informations sont de nature à évoluer.

 

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