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Lancé en 2016, le Plan National Dépérissement du vignoble concrétise la prise de conscience de la filière et sa volonté d’agir sur tous les fronts, de la production de plants de vigne jusqu’à la commercialisation. C’est un projet ambitieux avec des investissements importants et de nombreuses équipes au travail.
5 nouveaux projets pour le plan dépérissement du vignoble
10/10/2018

C’est le constat d’une menace de dépérissement généralisé, impactant les rendements, la longévité et la compétitivité. Le phénomène du dépérissement du vignoble touche l’ensemble des régions viticoles françaises et européennes. La productivité en est fortement affectée. Les chiffres sont éloquents : 11 % de ceps improductifs, 4 à 5 % de mortalité par an, 4,6 hl/ha de perte de rendement annuel et 19 % de la surface des vignes mères de greffon disparus en dix ans. Face à ce fléau, les interprofessions dont le BNIC, regroupées au sein du CNIV (Comité interprofessionnel des Interprofessions vinicoles), se sont engagées dès 2016 dans un Plan National qui touche tous les acteurs de la filière. Un plan inédit qui fait l’objet d’une gouvernance spécifique et d’un financement à parité État/profession. Sous le vocable dépérissement, sont concernés aussi bien les différentes maladies du bois ou les viroses, les facteurs climatiques, les pratiques viticoles et les contraintes organisationnelles. Pour agir au cœur du problème, le plan d’action s’est donné quatre ambitions. La première est de promouvoir la formation via un réseau d’acteurs. La seconde associe la production des plants avec les pépiniéristes. La création d’un réseau d’observation du vignoble et la recherche scientifique bouclent ces quatre cibles complémentaires.

© UGVC

La science donne du sens Ce phénomène problématique complexe ne sera pas éradiqué seulement par les programmes scientifiques, même si les nouvelles technologiques apportent des champs d’applications insoupçonnés. Sur les neuf projets sélectionnés en 2017, les thématiques dominantes Recherche & Développement portent sur les rendements, la longévité, les plants et les maladies. Des technologies, jusque-là utilisées dans des domaines bien
éloignés de la viticulture, sont prometteuses.

Par exemple, la dendrochronologie qu’utilisent les forestiers pour identifier les accidents qui ont impacté la vie des arbres, s’appliquera à reconstituer l’itinéraire de parcelles dépérissantes en identifiant les périodes ou
événements qui ont conduit au dépérissement. Autre innovation, l’imagerie, couramment appliquée dans le domaine médical, cherchera à tester la pertinence et l’efficacité de l’IRM et de la tomographie à rayons X. Ces techniques permettent de voir les effets de l’action des champignons sur les tissus de la vigne.
Viticulteurs-acteurs L’ambition numéro 1 du Plan situe les viticulteurs au cœur de la lutte. Afin de dynamiser leur engagement, 29 réseaux sont animés par les Chambres d’agriculture, principales partenaires. Plus de 200 professionnels en font déjà partie. Leur objectif est d’évaluer les pratiques dans les vignobles, de les tester et de les encourager. Par exemple, en Vaucluse, Olivier JACQUET fait le constat suivant : « Les exploitations grandissent, le vigneron taille moins car il sous-traite. Comme la vendange se mécanise, il n’observe plus la vigne, alors que c’est un moment clé avec la protection du vignoble ! L’observation permet de corriger les défauts, de prendre des décisions, de réfléchir au nombre de coursons et d’yeux. Une bonne formation bien encadrée permet que cela soit fait dans de bonnes conditions ». Sa collègue, Marie-Véronique BLANC, Conseillère en viticulture, enseigne une taille moins mutilante. En préventif, elle préconise de ne pas trop raser et de laisser un chicot car une taille non respectueuse, mutilante, accélère les symptômes. En curatif, dès lors que la maladie est en place, elle conseille le recépage ou le curetage. Encore expérimentale, avec deux années de recul en Vaucluse, cette méthode propose l’incision jusqu’à l’amadou, avec son élimination totale.

RENCONTRE AVEC CHRISTOPHE RIOU, DÉLÉGUÉ NATIONAL DE LA MISSION DÉPÉRISSEMENT
La notion de dépérissement est complexe. Une multitude de facteurs provoquent la baisse de la production du cep jusqu’à sa mortalité. Le chantier est vaste, par où commencer ?
70 facteurs ont été classés en quatre catégories, les maladies (bio agresseurs, champignons, bactéries), les facteurs environnementaux (changement climatique, stress hydrique, grêle, gel), ceux liés aux pratiques viticoles (taille facteur aggravant ou préventif, taille respectueuse non mutilante) et enfin les facteurs liés aux pratiques sociaux-techniques (cahier des charges, choix du matériel, contraintes liées à l’exploitation).
Ce phénomène s’est aggravé au début des années 2000, avec une recrudescence des maladies du bois liée au changement climatique. Par exemple, le court-noué et la flavescence dorée qui s’étend avec un premier cas détecté en Champagne. Tous les vignobles sont concernés et il revêt différentes formes sur les vignobles. Cela représente 10 % de la production soit 4,6 ha de manque de production.

Un séminaire s’est déroulé début avril à Montpellier. Où en sont les avancées du Plan Dépérissement ?
Il n’y a pas une cause et une solution. Les premières actions ont vu l’édition d’un Carnet du Plan, présentant 31 actions réunies sur les quatre ambitions initiales. Neuf projets ont été retenus et mis en place, avec des résultats d’ici deux à trois ans. Pour la deuxième phase, en 2018, priorité est donnée au sol. C’est une démarche inédite portée par la profession qui associe État et professionnels pour un montant de 10,5 millions d’euros sur trois ans, pilotée par les interprofessions.

Neuf programmes de recherche ont débuté. Quels champs d’action recouvrent-ils ?
Je peux citer celui qui cherche à comprendre ce qui détermine la longévité d’une parcelle de vigne, avec le programme Longvi piloté par Marion CLAVERIE de l’IFV, sur des parcelles à Gigondas. Un autre est le projet Origine sur l’amélioration du matériel végétal. Avec la crise du renouvellement, 20 % des surfaces de greffons ont disparu. Nathalie OLLAT à l’INRA Bordeaux travaille sur la qualité de la greffe du jeune plant en partenariat avec la Fédération Française de la pépinière viticole.

Il n’y a pas que la recherche ?
La partie la plus visible est la dynamique de recherche. Pour autant, il y a des solutions à court et moyen terme. L’ambition numéro un est par exemple la formation avec les Chambres d’agriculture, 60 sont géographiquement référencées. Il faut encourager la formation de
formateurs pour la taille, le recépage, le curetage. Il y a également des projets avec des lycées viticoles, l’enseignement supérieur. Le FAFSEA va financer des certifications pour les salariés. L’autre originalité est le réseau viti-acteurs. Dans trois régions : Vallée du Rhône, Charentes, Pays de la Loire, les réseaux sont animés par les syndicats ou les Chambres d’agriculture afin de voir quelles sont les problématiques prioritaires. Les groupes partagent leurs expériences au vignoble, ils amènent des solutions à tester.
LES PÉPINIÉRISTES S’ENGAGENT David AMBLEVERT, Président de la Fédération Française de la Pépinière Viticole, aime à souligner que « dès le lancement du Plan Dépérissement, la pépinière a été associée dans l’échange et la concertation. Avec 600 pépiniéristes, la France est le premier pays producteur ». La filière s’est mobilisée notamment pour créer une marque collective nationale « Les bois et plants de vigne ». Une marque volontaire comportant trois règles : la transparence, la traçabilité et le partenariat avec le viticulteur. Son cahier des charges certifiera une origine nationale. Pépinière, culture et greffage seront produits en France, sous contrôle de FranceAgriMer. Être adhérent de la marque, impliquera donc de répondre à ces trois critères. Pour David AMBLEVERT, « ce n’est pas juste une image. Nous allons renforcer les réseaux et les échanges. Pour la gouvernance, je souhaite qu’il y ait des viticulteurs ». Il espère le lancement de la marque fin octobre lors du Congrès National, à Beaune.
1,5 MILLION D’EUROS POUR LES NOUVEAUX PROGRAMMES Cinq nouveaux lauréats ont été sélectionnés à l’issue de l’appel à projets lancé en décembre 2017. Les équipes de recherche, parfois nouvelles au service de la viticulture, se répartiront 1,5 million d’euros entre 2018 et 2022 et travailleront sur trois axes. À savoir, les interactions entre la plante et le sol pour mieux comprendre le lien entre santé de la vigne et qualité des sols ; les leviers socio-économiques nécessaires à l’accompagnement du changement de pratiques viticoles à l’échelle de l’exploitation (contraintes économiques et organisationnelles) ; le transfert de connaissance, notamment en matière de lutte contre la maladie. Au total, 14 projets et 4,6 millions d’euros sont déjà consacrés à des programmes de recherche contre le dépérissement du vignoble français. En trois ans, de 2017 à 2019, 10,5 millions d’euros seront engagés dans le Plan, dont une partie significative sera allouée à la recherche.

LA FILIÈRE COGNAC IMPLIQUÉE DANS LE PLAN NATIONAL DE LUTTE CONTRE LES DÉPÉRISSEMENTS DU VIGNOBLE
Le dynamisme économique de la filière Cognac place la question de la productivité du vignoble au cœur de ses préoccupations. La lutte contre tous les dépérissements du vignoble constitue un enjeu central pour garantir l’approvisionnement durable des marchés. Le BNIC et les organisations professionnelles charentaises sont très impliquées dans ce Plan National de grande ampleur, qui propose une nouvelle approche, mieux intégrée, de la lutte contre les dépérissements.

Des viticulteurs-acteurs au cœur de la lutte
Des groupes de « Mobilisation et Innovation Vigneronne », animés par les Chambres d’Agriculture 16 et 17, font remonter l’innovation du terrain pour promouvoir l’évolution des pratiques : taille et conduite non mutilante de la vigne, maintien de la productivité (entreplantation, marcottage, recépage, curetage…), choix du matériel végétal, adaptation au changement climatique.
Ils mobilisent le support technique de la Station Viticole du BNIC : expérimentation des pratiques, Outils d’Aide à la Décision, observatoire régional...

Une recherche dynamique, pour trouver de nouvelles solutions
La filière Cognac est fortement impliquée dans les travaux de recherche du Plan National. Le BNIC pilote le programme « Test Eutypa », l’un des cinq lauréats de l’Appel à Projets 2018. Son objectif est de développer un outil d’évaluation de la sensibilité des cépages à l’eutypiose. Il complète le projet national Tolédé qui s’intéresse aux marqueurs génétiques de la tolérance de la vigne.

État sanitaire du vignoble : vigilance et innovation
La question des maladies du bois ne doit pas faire oublier la lutte contre la flavescence dorée, pour laquelle la région est fortement mobilisée depuis plusieurs années dans une action collective dynamique, en partenariat avec l’administration. Cette action intègre une dimension forte d’innovation, avec le test de nouveaux outils pour améliorer la lutte comme l’application Vigivignes Charentes pour la prospection terrain, l’utilisation de drones pour le repérage de symptômes ou encore des pièges à cicadelles connectés pour réduire l’utilisation des insecticides.

Toutes ces actions, allant dans le sens d’une lutte intégrée et innovante, s’inscrivent pleinement dans le Plan National Dépérissement du Vignoble.

Dossier réalisé par Marie-Pierre DELPEUCH
Source : BNIC; UGNIC

Contact, renseignements
Myriam PRODHOMME
BNIC - Station Viticole
+33 (0)5 45 35 61 32
mprodhomme@bnic.fr
Malgré l’attention portée à la rédaction et à l’actualisation de cet article, compte tenu de la fréquence des changements réglementaires, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac ne peut assumer aucune responsabilité, directe ou indirecte, du fait des informations qui y sont contenues, des erreurs et des omissions. Ces informations sont de nature à évoluer.

 

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